J’entretiens une plaie (O. Py, Théâtres)


Mon corps est armorié et je cache dans la salle de bains les traces bénies des tortures que je m’inflige. Je n’ai pas dix ans mais chaque marque sur mon corps, surtout le torse et les cuisses, est la fleur adorée d’un herbier fatal. Je nomme ainsi de tous les noms que j’aime certains bleus entretenus en me pinçant dans l’embrasure de la porte ou en appuyant avec force les angles durs d’un livre pour enfant contre mes tétons clairs. Ismaël, Nathan, Raphaël, Thomas, sont les noms que je donne à ces bornes magiques de mon histoire. Le visage n’est pas épargné, des heures entières j’entretiens une plaie.

O. Py, Théâtres (Les Solitaires intempestifs, 1998), scène 3

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